lundi 22 septembre 2014

C'est la crise dans le quartier (03)

PLACE SAINT-GERMAIN : L'ASPHYXIE


Article dans Le Mensuel de Rennes
Septembre 2014


Le chantier de la ligne B du métro impacte les commerçants de plusieurs quartiers. Dans le centre, la place Saint-Germain et ses alentours souffrent particulièrement. Plusieurs commerces ont déjà fermé. D'autres connaissent de grosses difficultés.

« 5 ans, c'est une éternité quand on ne voit plus un client. »
Yvan, décorateur

Photo Le Mensuel de Rennes - Septembre 2014 - Photo D.R.

« C'est la catastrophe ! » « On a l'impression d'être sacrifiés sur l'autel de la ligne B » « On est en train de crever la gueule ouverte. » Ce mardi après-midi, un conciliabule improvisé se tient au tabac-presse de la rue du Vau Saint-Germain à Rennes. Plusieurs commerçants se sont absentés quelques minutes de leur boutique qui reste désespérément vide pour aller tailler une bavette. « La semaine dernière, la ville a posé un panneau, mal placé, qui annonce que les commerces restent ouverts pendant la durée des travaux », soupire Annie. « La place Saint-Germain est en chantier depuis février 2013. Cela fait un an et demi que nous attendons ce panneau ! » « Nous sommes conscients que les travaux doivent se faire, reprend Marc, buraliste. Mais nous avons l'impression que la Ville nous écoute juste pour faire baisser la pression. Dans les faits, on se contente de mesurettes. »

Des propos qui font réagir la Ville et la Chambre de commerce et d'industrie qui listent les initiatives prises pour les aider les commerçants.A commencer par la mise en place de référents pour faire remonter les difficultés et trouver des solutions dans les secteurs particulièrement impactés par les travaux. « La municipalité a également décidé que les terrasses de ces quartiers seraient exonérées de 45 % de taxes pendant toute la durée des travaux, soit cinq ans, rappelle Marc Hervé, adjoint au commerce. C'est un manque à gagner pour la Ville de 200 000 €. En cette période budgétaire tendue, ce n'est pas anodin. » Place Saint-Germain, ces propos agacent. « Cette mesure me permet d'économiser 250 € par an, soupire Emmanuelle, tenancière d'une crêperie. Dans le même temps, je perds 40 à 50% de mon chiffre d'affaires. C'est mesquin ! »

Une dizaine de pas de portes vides


« Si les difficultés sont trop fortes, les commerçants peuvent demander un accompagnement financier et juridique individualisé à la Ville ou à la CCI » poursuit Marc Hervé. « C'est bien, reconnaît Nathalie, la patronne du bureau de tabac. Mais c'est tardif ! Depuis un an et demi, nous souffrons. Plusieurs boutiques ont déjà fermé. Et celles qui sont encore là n'ont pas pu attendre cette mesure récente. Nous sommes nombreux à avoir souscrit un emprunt ou renégocier notre prêt. » Fabienne, pharmacienne rue Edith-Cawell, atteste : « La banque m'a conseillé de licencier ! J'ai préféré m'endetter davantage. Les travaux de la place Saint-Germain ont des conséquences sur tout le quartier y compris dans les rues Baudrairie, Coëtquen ou Saint-Georges. Plus personne ne passe. »

L'impact réel du chantier sur l'activité commerçante reste pourtant difficile à mesurer avec précision. La Mairie n'a pas souhaité créer un observatoire des commerces, ni de commission d'indemnisation. Les bilans comptables ne sont pas consignés et analysés. Il faut se fier aux dires des commerçants dont la situation varie grandement selon leur proximité des travaux. Certains estiment avoir perdu 10% de leur chiffre d'affaires, d'autres 60%. En juillet, le Mensuel a compté une dizaine de pas de porte vides dans un rayon de 100m autour de la place. « La dégringolade va continuer, prévient Yvan, décorateur. Dans cinq ans, ce sera le top, c'est certain ! Mais cinq ans, c'est une éternité quand on ne voit plus un client. » 


Un portrait sans aménité de l'état des commerces de la place et aux alentours telle que nous l'avions déjà décrite sur ces pages... Et, pour ces commerçants, une situation désormais figée, simplement soulagée par la calme des fouilles archéologiques de l'INRAP désormais en cours et cela jusqu'à janvier 2015...

Ensuite, c'est l'enfer qui recommencera sur la Place Saint-Germain avec la seconde phase du chantier de la ligne B du métro...

Bon courage à vous !



Les réactions à cet article ne se sont pas fait attendre...
Le numéro d'octobre 2014 revient sur certaines d'entre elles...

Qui peut s'installer en centre-ville ?

La publication, dans notre édition de septembre, d'un dossier consacré à la « crise » du commerce dans le centre-ville de Rennes a suscité plusieurs réactions...


J'ai lu attentivement votre article sur le centre-ville de Rennes qui rencontre une baisse de fréquentation. Je travaille dans une boutique des rues piétonnes  depuis quinze ans. La baisse du chiffre d'affaires (50% en deux ans) est due, c'est vrai, au manque de place pour se garer et aux tarifs exorbitants des parkings en ouvrage. Pourquoi ne pas suggérer à la ville de mettre des places limitées à 30 minutes avec décompteur apparent qui alerte la police sitôt le temps dépassé (vu à Cherbourg-Octeville). [...]
Qui peut s'installer

Qui peut s'installer en centre-ville ? Les enseignes nationales qui en ont les moyens au détriment des petits commerçants indépendants moins riches mail tellement plus conviviaux. [...]

Les marques ont seulement besoin d'une image en ville, c'est tout, puisque le chiffre d'affaires se fait en centre commercial et sur internet. Les vendeuses doivent être de parfaits robots, toutes habillées pareil, même langage, même sourire, une dépersonnalisation à l'extrême.

AFFREUX. Arrêtons de mettre les mêmes enseignes partout et privilégions les petits commerces. Que la ville et les banques leur donnent les moyens de s'installer.

Mais que devient l'indépendant coincé entre toutes ces marques, lui qui a des difficultés à joindre les deux bouts avec les loyers très élevés du bon emplacement, lui qui est sincère avec son consommateur, lui qui a su fidéliser son client par son sourire, son conseil et son service après-vente.

ANONYME


A la lecture de votre article sur les difficultés des commerces en centre-ville de Rennes, je suis étonné de ne voir aucune mention sur les loyers appliqués.

Se lancer dans la création d'un petit commerce en centre-ville est toujours un risque. Le plus difficile après le taux de fréquentation et le lieu de passage, c'est la charge du loyer. Or, malgré la crise et le nombre important de fermetures, surtout dans les petites boutiques et restauration artisanales, les propriétaires de locaux n'ajustent pas leurs loyers. [...] Avec des loyers adaptés à la crise, les petits commerces auraient plus de chances de tenir, les rues de Rennes n'auraient plus autant de boutiques fermées et la sécurité souhaitée par les politiciens serait accrue. En tant que lecteur, il aurait intéressant de lire les raisons des échecs des commerces de la bouche de ceux qui ont échoué.

Par ailleurs, j'ai trouvé votre article un peu consensuel. Je m'explique : on dirait que seules les grandes marques et l'augmentation en gamme sont souhaitées. C'est une vision très commerciale et tout à fait à l'opposé de l'article précédent dans le même magasine sur l'importance de produire localement (Le Mensuel de Juillet 2014 - NDLR).

Ne devrions-nous pas avoir des commerces et boutiques de proximité, artisanaux, originaux, expérimentaux et uniques à l'opposé de ce que réclament les associations de commerçants ? Ne serait-ce pas par ailleurs bien plus efficace que de chercher à concurrencer les centres commerciaux [...] ?

DANIEL
Le réponse de la rédaction du Mensuel :

Merci pour vos remarques. Nous n'avons pas évoqué la question des loyers car nous avons choisi de nous concentrer sur la baisse de la fréquentation, la question des loyers relevant d'un sujet à part entière... que nous ne manquerons pas d'évoquer dans une prochaine édition...


Et mon commentaire :

Malgré quelques maladresses dans les formulations et quelques vérités un peu forcées, tout cela nous conforte dans l'idée que les commerçants, "Eh bin, qu'ils se débrouillent tout seuls !". Ça, on l'avait compris... Ça s'appelle "la loi du marché"...

Mais lorsque les conditions locales changent brusquement et durablement comme sur le Place Saint-Germain, les pouvoirs publics (Mairie, Rennes Métropole, CCI...) ne peuvent-ils pas intervenir plus directement en maintenant par des aides, quelles qu'elles soient, les commerces déjà en place ?

Quant à la question des loyers pratiqués dans le secteur, ils posent effectivement un vrai problème. On en parlait déjà en mai dernier... On sait par exemple qu'un boulanger souhaitait s'installer sur la petite place de Coëtquen qui marque l'entrée de la rue du Vau Saint-Germain... Ni une ni deux, le propriétaire sollicité a directement augmenté le montant du loyer exigé... ce qui a fait capoter la transaction... alors même que ces locaux sont inoccupés depuis plusieurs années... Avidité ? On sait aussi par ailleurs que le bistrotier du bar "Le Saint-Germain" est lui-même actuellement en litige avec sa propriétaire qui a brutalement relevé le montant de son loyer sans que cela puisse être raisonnablement justifié... mettant donc encore plus en péril son affaire... et qui a déjà eu pour conséquence de lancer une procédure de licenciement de sa seule employée... à la fin de son congé maternité...

C'est la crise dans le quartier...

A suivre...


Plus d'infos :
C'est la crise dans la quartier (01)
C'est la crise dans la quartier (02)
"Les terrasses de la discorde place Saint-Germain" - Ouest-France - 14/05/2014
Chantier du métro... L'opposition municipale attaque enfin !
"Dans le centre-ville de Rennes, des boutiques à la peine" - Ouest-France - 12/05/2015

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